(English version follows)

L’Accord de Paris qui prendra effet en 2020 avec l’objectif d’un monde carbo-neutre pour 2050 (UNFCCC, 2015) a été célébré comme une avancée historique. Pour les économies extractivistes et reposant sur les énergies fossiles comme le Canada, la transition vers une économie carbo-neutre en 2050 demeure un défi distant. En rassemblant les expertises de chercheurs et de professeurs provenant de partout au pays et impliqués dans le champs de la transition socioécologique et de la durabilité en général, le Symposium canadien sur la transition socioécologique 2017 vise à générer le nécessaire dialogue sur la manière et l’opportunité de faire advenir la transition vers une économie carbo-neutre, à analyser les implications et à comprendre comment des méthodes de recherche innovantes peuvent influencer les transitions socioécologiques au Canada.

Les problèmes environnementaux, tels que les changements climatiques, s’avèrent être de formidables défis de société dont les solutions requièrent des changements structuraux profonds et des « transitions sociotechniques » dans les secteurs clés de l’activité humaine comme les transports, l’énergie, l’agroalimentaire, l’habitation et les loisirs (Geels, 2011). La transition socioécologique (sustainability transitions en anglais) est un processus de transformation en profondeur, multidimensionnel et à long terme, par lequel le système dominant se transforme en adoptant des modes de production et de consommation plus durables (Markard et al., 2012, p. 956).

La recherche sur la transition socioécologique a pour but de comprendre comment émergent les innovations environnementales et comment elles peuvent remplacer, transformer et restructurer les systèmes existants (non durables) (Geels, 2011). Elle s’est développée au cours des dernières décennies, principalement aux Pays-Bas et en Europe de l’Ouest, pour répondre à la nécessité d’interpréter les trajectoires de changements historiques et futures dans les secteurs énergétique, agroalimentaire, de l’eau, des transports, etc., qui rencontrent des défis environnementaux majeurs (Spaargaren et al., 2012, 5).

Au cœur de la recherche sur la transition socioécologique, on trouve la perspective multiniveaux. Ce cadre théorique se base sur les relations entre trois différents niveaux : les innovations de niche, le régime sociotechnique  et le paysage sociotechnique (le contexte exogène) (Rip and Kemp, 1998, Geels, 2002, 2011, Schot et Geels, 2007, Smith et al., 2010).

  1. Le régime sociotechnique correspond aux ensembles de règles existants, dominants et institutionnalisés qui régissent la coordination entre différents groupes sociaux et leurs activités, et qui stabilisent les systèmes établis (Geels 2002, 2011, Schot and Geels, 2007, Smith et al., 2010, Spaargaen et al., 2012, 182).
  1. Les innovations de niche sont des expériences sociales radicales qui émergent en marge du régime dominant (bottom-up) et qui s’enrichissent et se développent dans des « espaces protégés » (les niches) (Geels 2002, 2011, Schot et Geels, 2008, Smith et al., 2010, Spaargaen et al., 2012, 181). Initialement, les innovations de niche doivent demeurer protégées du régime sociotechnique pendant une certaine période; elles finissent alors par créer des contextes sociaux propices à la transition en étant des germes de changement systémique. Cependant, étant donné les nombreux « verrouillages » qu’impose le régime, les niches à elles seules n’ont qu’un potentiel de transformation limité (Geels, 2011).
  1. Le paysage sociotechnique est le contexte sociétal plus large, lequel est forgé par des tendances démographiques, des idéologies politiques, des valeurs de société et des modèles macroéconomiques (Geels 2002, 2011, Schot et Geels, 2007, Smith et al., 2010, Spaargaen et al., 182). Spaargaen et al. (2012, 182) identifient trois types de facteurs pouvant influencer le paysage: les facteurs naturels, qui entraînent de lents changements, comme les changements climatiques; les changements sociaux à long terme, comme l’industrialisation; et, finalement, les chocs soudains tels que les guerres, les crises sociales ou écologiques.

Geels résume le modèle des dynamiques entre chaque niveau comme suit : alors que les innovations créent à l’intérieur des niches une conjoncture favorable et que le paysage exerce ses pressions sur le régime sociotechnique dominant, ce dernier est affaibli, ce qui crée ainsi le moment propice pour qu’émergent et «maturent» des innovations de niche pouvant «contaminer» le régime.

Le principal défi est de comprendre comment les nouveaux comportements sociaux et les nouvelles politiques luttent et compétitionnent avec les régimes dominants déjà en place (Geels et Schot, 2007), régimes qui se stabilisent et sont préservés à travers divers mécanismes de «verrouillage» (associés à des intérêts acquis, des économies d’échelles, des croyances établies, des investissements irrécupérables, des institutions favorables) qui les bloquent dans leur évolution et les rendent «dépendants de leur trajectoire» (path dependent) (Unruh, 2000; Walker, 2000). Par conséquent, les chercheurs et chercheuses ont besoin d’une approche théorique qui tient compte, d’une part, de la nature multidimensionnelle de la transition socioécologique et, d’autre part, des dynamiques de changement systémique (Geels, 2011, p. 25). 

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Set to come into effect in 2020, the recent COP21 agreement sets the goal of a carbon-neutral world by 2050 (Unfccc, 2015), and has been hailed as a historic achievement. For a fossil fuel intensive extractivist economy such as Canada’s, the transition to a carbon-neutral economy by 2050 remains a distant and challenging goal. Pooling the expertise of academic researchers and professors from across the country in the fields of sustainability transitions, and sustainability in general, the 2017 Canadian Sustainability Transitions Symposium aims to create a much needed Canadian research dialogue on how (and if) the transition to a carbon-neutral economy is emerging, what it entails, and how innovative research methodologies can shape current and future sustainability transitions in Canada.

Environmental problems, such as climate change, are formidable societal challenges whose solutions require deep-structural changes (also referred to as ‘socio-technical transitions’) in key areas of human activity, including transport, energy, agri-food, housing, manufacturing, and leisure (Geels, 2011). In this way, Sustainability Transitions are long term, multi-dimensional, and fundamental transformation processes through which dominant systems shift to more sustainable modes of production and consumption (Markard et al., 2012, p.956).

Sustainability Transitions research aims to understand how environmental innovations emerge and how these can replace, transform or reconfigure existing (unsustainable) systems (Geels, 2011). It has developed over the last decade, mainly in the Netherlands and Western Europe, out of the need to make sense of historical and future trajectories of changes in sectors such as energy, water, food and transportation in the face of major sustainability challenges (Spaargaren et al., 2012, 5).

At the core of Sustainability Transitions research is a Multi-level perspective (MLP), a theoretical framework that is dependant on the relationship between three different levels: niche innovations (bottom-up), socio-technical regime (Institutionalised rules, regulations and established practices that stabilize current systems) and socio-technical landscape (exogenous context) (Rip and Kemp, 1998, Geels, 2002, 2011, Schot and Geels, 2007, Smith et al., 2010).

  1. Socio-technical regime refers to existing, established, dominant and institutionalized level of rule-sets that order the coordination amongst different social groups and their activities (Geels 2002, 2011, Schot and Geels, 2007, Smith et al., 2010, Spaargaen et al., 2012, 182).
  2. Niche innovations are radical bottom-up social experiments at the margins of the dominant regime, nurtured and developed in ‘protected spaces’ (Geels 2002, 2011, Schot and Geels, 2008, Smith et al., 2010, Spaargaen et al., 2012, 181). During their initial stages, niche innovations need to stay protected from the mainstream market for a period of time; and are crucial social contexts for transitions as they are the seeds for systematic change. However, given the many ‘lock-ins’ within the regime, niches alone have a limited power of influence (Geels, 2011).
  3. Socio-technical landscape is the wider societal context, such as characteristics of demographic trends, political ideologies, societal values and macro-economic patterns (Geels 2002, 2011, Schot and Geels, 2007, Smith et al., 2010, Spaargaen et al., 182). Spaargaen et al. (2012, 182) identify three types of landscape factors: natural factors that change slowly like climate change; long-term social changes like industrialization, and lastly, sudden shocks such as wars and ecological or social collapse or crisis.

Geels (2011) summarizes the pattern of dynamics between each level as follows: As niche innovations build strong internal momentum and the socio-technical landscape exerts pressure on the dominant “socio-technical” regime, the dominant regime is weakened, thereby creating windows of opportunities for mature niche innovations to emerge and “contaminate” the regime.

The main challenge is to understand how new social behaviors and policies struggle and compete against already existing dominant socio-technical regimes (Geels and Schot, 2007) that are stabilized through various ‘lock in’ mechanisms (related to vested interests, scale economies, established beliefs, sunk investments, favorable institutions), which lead to path dependencies and entrapment (Unruh, 2000; Walker, 2000). Thus, researchers need theoretical approaches that address, firstly, the multi-dimensional nature of Sustainability Transitions, and secondly, the dynamics of systematic change (Geels, 2011, p.25).