Mark Amerika, ou l’archive à (re)venir d’un toujours déjà-vu

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1 hour 15 minutes
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Dans le sillage de la théorie Avant-Pop qu’il développe dans un manifeste éponyme, Mark Amerika revendique une approche fondée sur le remix, recyclant à l’envi formes littéraires, artistiques et théoriques tout au long de son œuvre dans une volonté d’hybridation et d’épuisement des genres. On s’intéressera principalement à la trilogie composée par GRAMMATRON (1993-1997), PHON:E:ME (1999) et FILMTEXT 2.0 (2002), dans laquelle Mark Amerika interroge non seulement la nature, mais aussi la possibilité même de l’expérience telle qu’elle est vécue en temps réel : « GRAMMATRON est une machine à écrire virtuelle et multimédia qui traduit votre expérience pour vous alors même que vous en faites l’expérience » avertit une voix anonyme au seuil de l’œuvre sur un ton apocalyptique. Par expérience on entend non seulement le rapport empirique de l’individu au monde, mais aussi sa capacité à formaliser cette expérience en un récit sur le monde inscrit dans la durée, c’est-à-dire à construire une relation épistémologique distanciée à partir de nouvelles technologies qui modifient radicalement notre rapport à l’espace et au temps. La question de l’archive est donc centrale ici et on tentera de l’aborder à partir de la division du présent vivant opérée par la spectralisation des formes prises dans une dynamique auto-immune : dès

lors qu’un genre tente de circonscrire son champ, c’est-à-dire d’en fixer les modalités pour pouvoir entrer dans la répétition, il opère dans le même temps sa propre destruction, gage paradoxal de sa survie. Autrement dit d’une ouverture sur sa propre altérité, toujours à venir, et de fait sur une temporalité dont la dimension eschatologique est toujours déjà travaillée par la différance. L’élaboration de l’œuvre artistique passe en effet par la mise en relation d’éléments préexistants sur un mode rhizomatique, geste autoréflexif qui paradoxalement ne peut jamais faire retour sur lui-même en ce qu’il participe d’un mouvement inverse de dissémination potentiellement infini. À travers cette démarche remixologique inspirée, entre autres, par la kabbale, Mark Amerika recherche l’épuisement du sens et de ses possibilités d’expression tout en interrogeant l’expérience esthétique à l’ère de la reproductibilité numérique.

Il s’agit dans cette contribution de mettre en évidence la manière dont la répétition machinique évide et épuise les notions d’identité, d’autorité et d’œuvre originale, et la façon dont elle affecte la persistance de la subjectivité dans le temps en tant qu’histoire et mémoire. Mark Amerika semble en effet vouloir nous faire toucher à une réserve d’impensé, réserve qui constitue l’archive à (re)venir d’un toujours déjà-vu, toujours déjà autre, sous la forme spectrale d’une mémoire dont la défaillance est aussi la survie.

Participant
Université Paris 8

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