Navigation nautique et « internautique » : les récupérations numériques de Moby Dick

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Plusieurs le savent, le classique de la littérature américaine Moby Dick a donné suite à un nombre impressionnant de reprises et de réélaborations littéraires, cinématographiques ou artistiques. Ce qu’on ignore peut-être davantage, c’est que certaines d’entre elles font appel à des dispositifs et à des plateformes électroniques pour s’élaborer. C’est le cas de Moby Dick in Pictures de Matt Kish (une réécriture visuelle du roman où chaque page est remplacée par une illustration qui lui correspond) ou encore d’Emoji Dick de Fred Benenson (dans lequel chaque phrase de Moby Dick a été traduite en langage emoji par un mechanical amazon turk). Dans cette communication, nous projetons de démontrer, notamment à partir de la métaphore de la navigation nautique et « internautique », que le texte de Melville se prête de façon marquée à la réappropriation. La question de la circulation des signes comme des navires, ainsi que celle de la fluidité du texte, que favorise le motif de l’aventure maritime, rend à la fois Moby Dick propice à la réécriture et à la transposition électronique (la thématique aqueuse et l’idée de surface écranique, par exemple, étant adéquate pour rendre compte des deux).

En exposant de quelles façons le web permet d’actualiser certaines potentialités de l’œuvre melvilléenne, nous soutiendrons que cette métaphore de la navigation et de la poursuite cynégétique permet aussi de reconfigurer la dynamique intertextuelle selon de nouveaux modèles en nous fondant sur celui que propose Sophie Rabau dans L’Intertextualité (2002). En comparant l’intertexte à une bibliothèque en réseau plutôt qu’à un cours d’eau dont l’écoulement serait linéaire, Rabau rapproche sa conception de l’intertextualité à celle de l’océan tel qu’il est représenté chez Melville – c’est-à-dire comme un réseau en constante réactualisation synchronique, que parcourraient les navires comme les cachalots, plutôt que selon une conception fluviale et diachronique. On voit bien, également, que cette image réticulaire n’est pas éloignée de la manière dont on pense déjà les interactions en ligne entre les usagers. En ce sens, Moby Dick est peut-être une occasion ponctuelle et particulièrement éloquente de comprendre, de manière générale, selon quelles modalités l’électronisation de la littérature augmente son potentiel de remaniement intertextuel.
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UQAM

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