Pratiques autofictionnelles du papier à la toile

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10:00 AM, Thursday 16 Aug 2018 (1 hour)
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Certains écrivains tels que l’Espagnol Enrique Vila-Matas et les Français Eric Chevillard et Fabrice Colin, semblent des personnages de leur propre univers, tant la fiction entraîne la réalité dans son sillage. Mystificateurs, ils inventent des écrivains ou des textes d'écrivains réels, abolissant la frontière entre le réel et l'imaginaire. Ces écrivains se métamorphosent en texte, disparaissent comme sujet, accomplissant le projet hétéronymique de Pessoa. Leur autogenèse s'opère aussi sur internet, à travers blogs et sites personnels .

L’hétéronymie du web
Ce geste de multiplication de soi trouve son aboutissement sur la toile. Dans l’hypertextualité l’invention de soi atteint son apogée, la quête ontologique se déploie dans les méandres de la toile, et la disparition rêvée de soi peut enfin avoir lieu.
L'apparition du numérique a complexifié la posture d'auteur. Ainsi en est-il de Fabrice Colin, qui a ailleurs publié un ouvrage soi-disant posthume (Comme des fantômes : histoires sauvées du feu) et qui se met en scène à travers la troisième personne sous l'initiale F. Eric Chevillard trouve là une autre forme d’autofiction : « J'ai donc ouvert un vilain blog et je lui ai donné un vilain titre, un peu étourdiment et plutôt par dérision envers le genre complaisant de l'autofiction qui excite depuis longtemps ma mauvaise ironie. »
Ces auteurs ont lu Barthes, et proclament à sa suite la mort de l'auteur. Ils se distinguent par une structure iconoclaste et ironique, réflexive à l'infini, une conscience critique qui déplace les frontières génériques, toujours avec humour et fantaisie.

Une redéfinition de la littérature
Ces textes postmodernes, nécessairement troués, supposent un nouveau mode de lecture : « Là où l’on remontait un fleuve, écrit Sophie Rabau dans L’intertextualité, il va falloir parcourir en tous sens une bibliothèque », « passer du temps à l’espace ». Le lecteur de ces textes bénéficie dès lors d'une liberté immense, créative, appelé à développer les "virtualités du texte lui-même ", ce que Richard Saint-Gelais nomme la transfictionnalité.
Véritable quête identitaire, cette démarche est donc indissociable d'une réflexion sur l'art et sur la création. Les ouvrages de Chevillard, Colin et Vila-Matas comme leurs blogs constituent un essai sur la littérature, sa mémoire face à sa mort programmée par notre société contemporaine.
A propos de son blog, qu’il publie en fin d’année sous forme papier chez L’Arbre vengeur, Chevillard écrit : « Ces carnets me permettent d’aborder tous les genres, de faire feu de tout bois et de n’avoir en somme, comme disait Flaubert, qu’à “écrire des phrases”, ce qui reste la meilleure définition de l’écrivain, avant l’invention un peu fallacieuse des genres littéraires. Chaque année, j’entends recueillir ces notes dans un livre (comme celui qui paraît ces jours-ci à l’Arbre vengeur). Les liens entre Internet et l’édition traditionnelle vont être de plus en plus étroits, conflictuels peut-être ; l’expérience que je mène avec l’Arbre vengeur me paraît donc instructive ».
Bien loin de menacer la littérature, internet serait peut-être, un gage de renouvellement, ou du moins un tissu mémoriel pour cette moribonde qui n’en finit pas de mourir…
Participant
Université de Versailles/St-Quentin-en-Yvelines
MCF en littérature française et comparée

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