La littérature électronique de papier (ou universitaire cherche œuvre numérique scriptible désespérément)

Quoi:
Talk
Quand:
mercredi 15 août   08:30 AM à 09:30 AM (1 heure)
Discussion:
0

Nous aimerions partir d’une expérimentation littéraire récente sur le Web qui a créé un certain buzz médiatique mais aussi dans le milieu de la recherche universitaire: le Madeleine Project de Clara Beaudoux. Il s’agira d’analyser particulièrement le parcours médiatico-littéraire de cette jeune autrice qui a su réaliser via Twitter et Facebook notamment, un travail efficace de détournement des fonctionnalités des réseaux à des fins narratives. Pour cela, mais aussi du fait des thématiques mémorielles à tendance pathétique qu’elle a déclinées dans son œuvre, Beaudoux a connu une certaine notoriété, laquelle a débouché sur une édition papier de ses expérimentations numériques. L’étude de ce travail sera l’occasion d’interroger la persistance et les enjeux de l’adage mallarméen selon lequel “Tout, au monde, existe pour aboutir à un livre”.

En effet, quelle nécessité pour la littérature numérique d’aboutir à un livre? Problème de pérennité technique des formes numériques, soucis d’archivage mais aussi élargissement du public, revenus financiers, sont autant d’éléments d’explications. Mais quand le buzz, la singularité et l'intérêt de l’œuvre résulte quasi exclusivement comme nous nous attacherons à le démontrer, de son parcours numérique, cette publication semble pour le moins paradoxale et implique d’être explorée plus avant. Le livre partage avec la reprise par le milieu universitaire et les médias, un pouvoir consacrant, mais cela reviendrait-il à dire que la littérature électronique ne se suffit pas à elle-même, que la littérarité des œuvres numériques ne s'affirment que dans ce passage au papier, et ce d’autant plus qu’il sera redoublé par un épitexte journalistique ou universitaire? Ces-derniers, par ailleurs, convergent presque toujours vers les mêmes objets: le “buzz “ journalistique (Le Monde.fr, Elle, France Inter, Bibliobs, etc. ) et universitaire (Bikialo et Guilbard 2017, Perron 2017, Caraion 2017, Guilet 2017) autour du Madeleine project le prouve.

Si le numérique nous met face à une pluralité de contenus, trouver une œuvre numérique littéraire scriptible (Barthes 1970) revient à chercher une aiguille dans une botte de foin. La ruée journalistique et universitaire vers les quelques innovations narratives actuelles en témoigne. Ce phénomène nous conduit alors à nous demander ce qu’il restera de ces œuvres le buzz passé? Un livre dans quelques bibliothèques, peut-être, mais quid de la postérité des œuvres de littérature numérique. Sans jouer les futurologues, il semble légitime de se demander à l’aune de l’histoire de la littérature électronique ce que signifie culturellement cette forme de littérature? Personne ne peut désormais lire Afternoon pour des raisons techniques, et peu de gens, il faut bien se résigner à l’admettre, à part les membres d’ELO, connait l’œuvre de Michael Joyce. Aussi provocatrice qu’elle puisse paraître, il semble plus que jamais nécessaire de se poser la question suivante, puisque selon nous là se trouve le véritable “gap” : la littérature électronique ne serait-elle qu’un tigre de papier ?

Présentateur
Université Savoie Mont Blanc
Maîtresse de conférence

Mon horaire

Ajouter à votre horaire