09.00  Patrimonialisation de l’utopie et utopie patrimoniale face à la crise des quartiers populaires : comparaison de trois ensembles d’architecture proliférante à Plaine Commune (France, banlieue parisienne)

What:
Paper
When:
Sunday 05 Jun 09:00 AM (30 minutes)
Discussion:
0

Les banlieues rouges ont été durant les Trente Glorieuses un lieu d’expérimentation architecturale. En particulier, les architectes prolifiques, notamment Jean Renaudie (1925-1981, Prix d’architecture en 1978) et ses disciples, y ont construit des ensembles utopiques proposant une alternative aux grands ensembles standardisés, une conception militante du vivre-ensemble et une prise en compte pionnière de l’environnement. Aujourd’hui, ces quartiers populaires sont devant une dévalorisation objective et subjective dans la métropolisation : pauvreté, chômage et problèmes sociaux y augmentent dans le cadre de la « ville à trois vitesses », tandis que la « rénovation urbaine » portée par l’ANRU depuis 2003 privilégie la destruction-reconstruction d’ensembles de logements sociaux stigmatisés. Face à cette crise et au risque de table rase, qui détourne l’attention de la « nouvelle question sociale » vers un supposé déterminisme architectural, émergent des tentatives de remobilisation patrimoniale de l’utopie originelle de l’habiter. Cette communication se propose d’examiner ce que change le patrimoine à une utopie doublement menacée (de dégradation et de destruction). 

L’enjeu social voire politique consiste à se demander ce que change le patrimoine à la crise des quartiers populaires, improprement qualifiée en France de « crise des banlieues ». Deux enjeux épistémologiques seront également examinés. D’une part, les parentés entre les notions de patrimoine et d’utopie seront explorées. La patrimonialisation se caractérise en effet par sa structure uchronique (elle vise à extraire des objets, au sens le plus large du terme, du cours normal du temps pour les transmettre aux générations futures) et par une production d’hétérotopies spécifiques, dont le musée forme l’archétype. D’autre part, cette communication interrogera la notion de patrimoine, en examinant un front pionnier conflictuel et alternatif de la patrimonialisation contemporaine : la patrimonialisation du logement social. 

Si les réalisations les plus connues de Renaudie se situent à Ivry-sur-Seine et à Givors, site inclus dans le réseau des « Utopies réalisées » de la région lyonnaise, cette communication se propose d’examiner le cas de Plaine Commune, intercommunalité de la banlieue nord de Paris, qui présente trois cas directement comparables d’architecture « proliférante » dont la rénovation urbaine et/ou la patrimonialisation sont d’actualité. Sur la base d’entretiens semi-directifs avec les acteurs locaux, nous comparerons les cas de la cité des Poètes à Pierrefitte, de la cité Renaudie de Villetaneuse et de la cité de la Maladrerie à Aubervilliers, qui correspondent à trois figures du rapport à l’utopie et au patrimoine. Tandis que les ensembles Brassens et Desnos construits par les frères Euvremer et par Jeronimo Pedron-Lopez à la cité des Poètes ont été récemment démolis, malgré une tentative de sauvetage patrimoniale, dans le cadre de la rénovation urbaine, la cité Renaudie de Villetaneuse a été sauvée grâce à une patrimonialisation que nous proposons de nommer « par expertise », ajoutant un troisième type à la typologie opposant patrimonialisation par désignation et patrimonialisation par appropriation, permise par une mobilisation d’experts puis relayée par les institutions locales. Enfin, la cité de la Maladrerie construite par Renée Gailhoustet, bastion communiste, fait l’objet à la fois d’une patrimonialisation par appropriation habitante (mais minoritaire), qui a conduit à différer sa rénovation urbaine, et d’une patrimonialisation par désignation, la DRAC d’Île-de-France l’ayant labellisée en 2005 « Patrimoine vingtième siècle ».

Participant
université de Strasbourg
Maître de conférences

My Schedule

Add to My Schedule as Favorite