11.00  Consultants, collecteurs de fonds, co-acteurs : le rôle des anthropologues dans les projets de revitalisation culturelle chez les Baniwa de l'Amazonie brésilienne

Peuple de langue arawak, les Baniwa sont établis dans Haut Rio Negro, une région pluriethnique de l’Amazonie brésilienne. Souvent présentée dans la presse comme la « région la plus indigène du Brésil » du fait de sa population majoritairement amérindienne, cette zone du nord-ouest de l’État de l’Amazonas est l’un des principaux foyers des mobilisations indiennes du pays. À partir des années 1980, les différents groupes qui y résident se sont organisés pour faire valoir leurs droits au sein de la société brésilienne en créant des associations, elles-mêmes représentées par la Fédération des Organisations Indigènes du Rio Negro (FOIRN), une des plus puissantes organisations indiennes amazoniennes. Depuis qu’ils ont obtenu la démarcation d’un vaste territoire continu, leurs revendications se sont diversifiées. À l’instar de nombreuses autres populations autochtones du continent américain et d’autres aires géographiques, ils développent actuellement une série d’initiatives dites de « revitalisation culturelle » avec l’aide d’organismes publics, d’entreprises, d’ONG mais aussi d’anthropologues. Les formes de patrimonialisation à l’œuvre dans ces démarches font l’objet de recherches depuis quelques années par des spécialistes de la région, tels, par exemple, Andrello (2010) et Hugh-Jones (2010), qui se sont penchés sur le « boom éditorial » de la publications d’ouvrages écrits par des auteurs indiens. L’objectif de cette communication est de contribuer à l’étude de ces processus patrimoniaux en explorant le rôle des anthropologues dans des projets de revitalisation culturelle mis en œuvre par les Baniwa. Plus précisément, il s’agira de se pencher sur les rapports que les habitants de deux villages ont noué avec des chercheurs en anthropologie lors de la création d’une « école de chamanisme » et de la construction d’une maloca (un bâtiment inspiré des anciennes habitations collectives indigènes) destinée à accueillir des danses et des musiques « traditionnelles ». 

Nous montrerons dans un premier temps que les anthropologues se présentent pour les Baniwa comme des partenaires privilégiés dans le cadre de l’apprentissage de la logique de fonctionnement des « projets », une modalité d’action peu familière aux habitants indiens du Haut Rio Negro. Nous verrons ensuite qu’en devenant des médiateurs entre les communautés indigènes et les bailleurs de fonds, les chercheurs sont amenés à reformuler les aspirations des premières pour les faire cadrer avec les exigences des seconds. Ce faisant, ils participent activement à la construction des faits sociaux qu’ils étudient. En examinant, enfin, comment ils infléchissent les ambitions des instigateurs des projets mais aussi comment leurs propres idées sont réinterprétées par ces derniers, nous nous efforcerons d’éclairer les logiques à l’œuvre dans la définition des catégories de « revitalisation culturelle » et de « patrimoine » sur la scène politique régionale. Plutôt que d’envisager les requêtes émises par les acteurs indiens, les productions des anthropologues et les conditions posées par les organismes financeurs comme des discours conflictuels, nous tâcherons, en accord avec une proposition d’Arruti (2013), qui s’est intéressé aux interconnexions entre les classifications natives, anthropologiques et institutionnelles dans le Nordeste brésilien, de « travailler à partir de l’idée d’un champ de médiation symbolique et normatif dans lequel on observe des ajustements réciproques constants ».

Participant
EHESS

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