14.00  Le regard critique sur l'approche de la réconciliation dans l'interprétation muséale du conflit et du patrimoine sensible

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Saturday 04 Jun 11:00 AM (30 minutes)
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La réinterprétation du patrimoine au musée est un processus continu. Quand il s’agit du patrimoine qui provoque l'affect et l'émotion soit dans un contexte postcolonial ou d’après-guerre, les défis de préservation, de valorisation et d'interprétation sont multiples. Plusieurs facteurs déterminent le traitement de ce patrimoine comme la proximité temporelle du conflit, les enjeux politiques du moment, la réactualisation contemporaine de certains évènements, objets ou personnages ainsi que l'impact de l'émotion collective et intime. Par ailleurs, les enjeux de l'histoire sensible se situent entre la sphère publique, celle de la création d'un espace citoyen et la sphère intime ou privée, liée aux témoignages personnels ou aux émotions ressenties. Les musées et les institutions publiques ont comme mission d'exposer le passé et de le transmettre celui-ci le plus fidèlement possible. Les expositions du patrimoine sensible représentent les choix qui se font entre les exigences scientifiques, les enjeux politiques et les attentes des publics. Dans ce sens, l'histoire sensible se pose aux chercheurs et aux musées en tant qu'un défi supplémentaire. Le rôle du musée est celui de validation qui dans ce contexte fait appel à sa responsabilité éthique puisque chaque interprétation erronée du conflit nourrit les conflits présents et futurs. Le rôle de cette institution qui transmet la mémoire du conflit est actif par son aspect éthique et médiatique qui contribue à la constitution de l'espace citoyen. Comme suite à ce constat, nous proposons de réexaminer l'approche de la réconciliation dans le traitement du patrimoine sensible.

L'approche de la réconciliation dans le champ muséal et patrimonial a émergé dans les années 1990 dans un contexte postcolonial et postcommuniste à la suite de l'abolition de l'apartheid en Afrique du Sud et les guerres dans les Balkans. Les Commissions de la vérité et de la réconciliation ont été accompagnées par les expositions ou par la création des musées comme ce fut le cas à Johannesburg pour le Musée de l'apartheid ouvert en 2001. L'approche de la réconciliation repose sur l'importance de la reconnaissance de la vérité sur les évènements dans la place publique. Cette reconnaissance de la vérité implique les musées en tant qu'institutions du patrimoine et les espaces publics de la diffusion et l'exposition de cette vérité.
La réconciliation se rapporte à un vivre ensemble d'après-conflit. Ce terme a des connotations positives comme négatives en dépendant du contexte de son utilisation. Par exemple, nous pouvons interroger sa portée dans le champ muséal et patrimonial compte tenu sa connotation parfois négative notamment son aspect moralisateur ainsi que politique. Les nombreuses études postcoloniales et critiques ont contribué à affiner les notions utilisées dans ce contexte. Ainsi, les thèmes de la réconciliation et de l'interculturalité dépassent la seule idée de la solution. Or, l'interculturel est considéré en tant qu'un système dynamique, conflictuel, évolutif ainsi que la réconciliation qui intègre le conflit et la résilience. Les limités d'une-vivre ensemble basée sur l'équilibration idéale de toutes les cultures favorisent la recherche des autres modèles ou de bonification de ceux existants. L'importance du contexte demeure la variable principale à considérer dans les recherches sur le patrimoine sensible. Les circonstances et les conditions d'une exposition sont prises en compte au même titre que ce qui est exposé. Dans le cadre de cette communication, le contexte est mis en avant pour mieux comprendre les choix de discours et d'interprétation du patrimoine sensible, celui lié à la guerre.

Les stratégies de médiation suscitent souvent l'émotion : les expositions narratives et immersives, les approches de contextualisation par l'empathie caractérisent la muséographie du patrimoine sensible. De plus, le choix des thèmes, des objets et des dispositifs de médiation proposés dans les expositions correspond à une position prise à un point de vue. En effet, le musée a un rôle actif dans la négociation des histoires et des mémoires. L'analyse de quelques expositions qui traitent le patrimoine sensible fera la démonstration de ce constat. Cette communication vise également à interroger l'opérationnalisation des concepts de la réconciliation, de l'interculturalité, et de l'émotion dans l'étude de l'exposition du patrimoine sensible.

Participant
Université du Québec en Outaouais
Professeure

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