11.00  Les nouvelles causes du patrimoine dans l'aménagement urbain

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Quand:
mardi 7 juin   09:00 AM à 09:30 AM (30 minutes)
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Le patrimoine culturel est devenu un enjeu majeur pour renforcer l’attractivité des villes. Nous ne parlerons pas ici du développement de monuments, comme des stèles ou des statues, ni même celui des monuments historiques, avec la protection d’éléments susceptibles d’inventer une histoire nationale ou régionale, mais des constructions patrimoniales et esthétiques plus diffuses et moins juridiques qui permettent la mise en valeur des agrégats urbains, par des aménageurs mais aussi par des habitants. Le développement de labels avec leurs aires à protéger et à valoriser, telle par exemple la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO semble désormais consacrer la tendance de la valorisation patrimoniale. Nous serions passés de la ville circonscrite et limitée à un urbain généralisé et extensif, mais hiérarchisé, ségrégatif et connaissant de nombreux processus d’aménagements urbains. Ces derniers s’accompagnent de programme de valorisation patrimoniale et culturelle permettant de répondre, dans un contexte de désindustrialisation, au consumérisme et aux besoins de rayonnement des métropoles en compétition. Notre hypothèse est que cette recrudescence qualitative et quantitative des artefacts patrimoniaux dans la métropole occidentale est utile à la construction des valeurs symboliques et réelles dans l’espace public, et à la fabrique des représentations et des imaginaires. Autrement dit, nous fabriquons désormais de l’héritage collectif pour favoriser la consommation esthétique et pour répondre à l’économie et accompagner l’aménagement urbain. Dans ce processus de distinction urbaine où chacun est en rivalité dans un marché mondial, la culture, l’esthétique et le patrimoine sont des outils utiles et essentiels.  

Dans ce contexte, des habitants, des groupes militent aussi pour faire reconnaître leurs traces, résister à des destructions ou des aménagements pour proposer d’autres manières, d’autres formes en revendiquant des traces, des objets, comme du patrimoine à revendiquer, le cas échéant à transmettre. Ils font appel au souvenir de la ville où il y avait de la vie, des bistrots, des rues animés et des amitiés rencontrées dans les lieux de sociabilité qui n’existeraient plus.  

Des individus, des associations, des groupes sont en interactions avec les aménageurs et les élus, en luttes aussi pour imposer de nouvelles définitions plus pragmatiques, plus « pratiques » pour cultiver et prémunir l’image d’un objet, d’un site, d’une pratique, d’un « espace », d’un « territoire », d’un groupe, d’une économie, d’urbanités perdues ou oubliées. Nous assistons à des collaborations, mais aussi à des luttes et à des controverses entre des institutions, des urbanistes et un milieu associatif, des habitants et des individus qui demandent à être reconnu comme co-constructeurs des biens communs, faisant appel à des notions plus anthropologiques et plus participatives. A partir d’exemple de recherche actuellement en cours principalement en Europe, nous montrerons dans cette communication les éléments sur lesquelles se construisent l’accord patrimonial, quels sont les formes d’interprétation, des différences d’appréciations, avec des légitimités différentes, régaliennes et/ou sociales, objectives et/ou émotionnelles, historiques et/ou esthétiques. Il nous semble qu’il se produit là des engagements, des causes patrimoniales multiples qui s’inventent dans le but de se prémunir et de préserver, au réglage de l’image de soi et de l’autre, dans une société plus mondiale mais plus fragmentée. Une société plus englobante et remplie de diversité, celle d’après le colonialisme (APPADURAÏ) serait en train d’émerger mais demanderait à chacun de s’affirmer dans une vision de plus en plus horizontale, provoquant un intérêt renouvelé pour la justification d’un bien commun culturel et naturel et élargi désormais à l’immatérialité et au banal, ce qui explique sa prolifération. Nous présenterons les logiques d’acteurs, des institutions ou ceux plus ordinaires qui transforment, par l’action, les valeurs patrimoniales et le bien commun, leur donnent sens et signification.

Présentateur
Université de Bourgogne

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