14.30  Recomposer et exposer son identité : mieux connaître l’expérience immigrante des adolescents nouvellement arrivés, grâce à une activité du Centre d’histoire de Montréal

Quand:
11:00, samedi 4 juin 2016 (30 minutes)
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Le fait d'immigrer engage les individus, les familles et les groupes dans un processus de délestage et de recomposition identitaires. Comme l'a bien démontré Marie-Blanche Fourcade dans son ouvrage Habiter l'Arménie au Québec. Ethnographie d’un patrimoine en diaspora (2011), le patrimoine joue un rôle important dans ce chemin parsemé d’embuches.  

Mais de quel patrimoine s'agit-il ? Loin de s'attacher aux artefacts témoignant de leur histoire d'arrivée et d'intégration, que valorisent les archivistes et les muséologues du pays d'accueil, les groupes de premières et deuxième générations issus de l'immigration récente, s'attachent d'abord aux objets et symboles qui leur permettent de transmettre le souvenir de la langue, de la religion, de la culture et du patrimoine du pays d'origine, et à travers eux, le souvenir du territoire, de la culture, des valeurs et des gens qu'ils ont quittés. La patrimonialisation intime de ces objets est surtout utilisée comme un outil de communication familial et communautaire. Le patrimoine familial n’est pas perçu par comme moyen de dialoguer avec la communauté d'accueil.  

Le Centre d'histoire de Montréal, musée de la Ville de Montréal, a entrepris depuis 2006, dans le cadre d'une activité éducative destinée aux classes d'accueil en francisation, Vous faites partie de l’histoire, de lancer des adolescents nouvellement arrivés à la recherche de leurs « trésors de famille », de leur patrimoine familial. Au cours des années, il a ainsi recueilli plus de cinq cent d'entrevues, et des centaines de textes qui témoignent du processus personnel et familial de patrimonialisation en terre d'accueil. En les invitant à décrire et à exposer les objets-témoins de leur vie familiale, religieuse ou nationale, l'institution muséale les amenés à entreprendre une démarche de dialogue avec leur nouvelle ville, hors de la sphère familiale. Parce qu’ils ont à présenter leurs « trésors » devant les élèves d’autres origines, devant leur professeur et plus tard, devant le grand public par le voie audiovisuelle puis en exposition, ils doivent en effet communiquer et expliciter les codes et les attachements à ces objets qui, dans leur milieu, vont de soi. Il apparaît que ces objets, souvent découverts suite à leur participation à l’activité, sont des repères qui leur permettent de passer de leur vie d’avant à celle que leurs ont donné leurs parents en immigrant. La perception du patrimoine pour nombre d’entre eux prend sa source non seulement dans les symboles collectifs qu’ils portent et dans l’ancienneté de l’objet, mais aussi, dans l’importance affective de cet objet qui les relie à des personnes importantes et aimées de leur pays d’origine. Objet d’émotion, objet de mémoire et d’identité, celui-ci rassure une identité en rapide évolution, devenant un ancrage qui leur permet de traverser la difficile phase d’adaptation qu’ils amorcent dans leur nouveau pays.    

L’excellence du programme éducatif Vous faites partie de l’histoire a été reconnue de deux prix : Culture et développement des Arts et la ville, et prix Excellence de l’Association des musées canadiens. Avec la collaboration du Laboratoire de recherche en relations interculturelles de l'Université de Montréal, le Centre d'histoire de Montréal, a analysé le type d'objets apportés par ces jeunes et l'occurrence de certains mots dans le discours touchant leur arrivée à Montréal. À partir de ces données et des témoignages d'enseignants et de groupes qui les ont accompagnés, que peut-on tirer du rôle du patrimoine ou de ce qui en tient lieu dans le processus d'accueil et d'intégration à leur nouvelle société ? Que produit chez ces jeunes le travail de réflexion amorcé lors de l'activité ? Comment le processus de rupture avec le patrimoine familial et national d'origine et de réappropriation subséquent diffère-t-il de l'expérience des adolescents non immigrants coupés de leurs racines par l’amnésie culturelle de leurs parents ?  

L'exposé permettra de dégager des pistes de réponse et suggérer aux chercheurs quelques questions essentielles qui mériteraient d'être approfondies.

Participant
Centre d'histoire de Montréal

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