11.00  Internet et la production des mémoires des pieds-noirs d’Oran. Réflexions sur la patrimonialisation et les diasporas transnationales

What:
Paper
When:
Saturday 04 Jun 11:00 AM (30 minutes)
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J’analyserai le contenu et la forme de plusieurs blogues et sites Internet dédiées à la mémoire du passé algérien qui sont gérés par les propres communautés pieds-noirs et/ou leurs descendants. Il s’agira de capter ce que ces espaces nous disent sur le passé et le présent, des points de vue culturel, patrimonial et historique, mais aussi identitaire, émotif, religieux ou politique. « Se souvenir » est un processus actif dans lequel le passé, à la fois collectif ou individuel, est continuellement négocié et réinterprété, à travers non seulement les expériences du présent, mais aussi les besoins dans le présent. 

De façon individuelle ou collective, ces acteurs produisent et rendent accessible un corpus de récits, de témoignages, de références bibliographiques et de documents audiovisuels portant sur l’histoire de l’Algérie coloniale, sur leurs expériences de vie à Oran ou sur leurs racines espagnoles. Dans un processus participatif et dynamique, des pieds-noirs dispersés dans différentes géographies échangent publiquement autour d’informations mises en ligne. Ils organisent, à travers ces sites, des rencontres à caractère culturel et/ou religieux qui ont lieu dans l’espace physique. 

Il s’agira de comprendre le rôle de ces espaces virtuels mais permanents dans le temps. Quels discours historiques et sociaux produisent les pieds-noirs oranais en dehors des institutions culturelles et patrimoniales par l’intermédiaire d’Internet ? Que choisissent-ils de montrer d’eux-mêmes en termes de contenu, d'images et d’identités virtuelles ? Quel est le rapport avec leur racines et leur passé algérien et/ou espagnol ? Je m’interrogerai sur l’intérêt de la patrimonialisation de ces mémoires, mais aussi sur l’utilité de ces espaces dans le renforcement du lien entre ces communautés, parfois éloignées géographiquement. 

Le patrimoine culturel a surtout été abordé d’une perspective institutionnelle, une affaire publique à partir de laquelle se créent des discours appuyés par des lois, des politiques ou des institutions patrimoniales. Ces institutions sont chargées de créer des archives, de gérer des musées, de protéger des sites ou de sauvegarder des expressions culturelles. Par ce biais, elles sélectionnent ce qui sera défini comme patrimoine commun et sera donc protégé, en créant un discours autorisé du patrimoine. Selon Laurajane Smith, ces discours ont été construits du haut vers le bas en prenant compte de la vision des experts et des groupes dominants qui soutiennent des récits sur la nation, la classe sociale ou l’identité. L’exclusion sociale de groupes marginaux, et la fétichisation des connaissances d’experts ont exercé une forte influence sur la façon dont le patrimoine est utilisé, défini et géré. Dans ce cadre, les processus de décolonisation et les migrations de masse ont été traditionnellement marginalisés dans la formulation de la politique du patrimoine. 

En outre, les instruments et les moyens institutionnels de gestion du patrimoine s’appuient pour la plupart sur une notion de patrimoine délimitée à l’intérieur des frontières des États-nation. Internet et les nouvelles technologies de l’information et de la communication questionnent ces notions de frontière nationale et rendent publique et accessible un discours produit par des minorités invisibles ou marginales d’un État. Cela permet à de nouveaux groupes de se rendre visibles sans l’existence d'un cadre institutionnel préétabli et de créer des réseaux au-delà des ces frontières. Il ne s’agit donc plus seulement d’une technologie de gouvernance utilisée par les grandes institutions, elle arrive à être dans les mains d’individus qui la construisent, l’entretiennent et la contrôlent. Avec ce changement se produit une transformation dans le processus de préservation de la culture et de la façon dont il est mis en place et vécu.

Participant
Université Paris Ouest Nanterre la Défense/ Universidad Autonoma de Madrid

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