La patrimonialisation, levier d’innovation sociale

What:
Paper
When:
10:30 AM, Sunday 7 Nov 2021 (30 minutes)
Where:
Salle des Boiseries - Boiseries
How:

Et si « le monde d’après » se faisait en lien avec le monde d’hier ? La patrimonialisation des héritages français s’est construite autour de la conservation et de la restauration : ces opérations restent emblématiques dans l’imaginaire collectif. Pourtant, avec le tout patrimoine des années 1980, les patrimonialisations prennent également une dimension de développement local et territorial. Dans le contexte actuel, où les questions d’urgence écologique et de justice sociale se font de plus en plus prégnantes, il s’agit de se demander si les patrimonialisations peuvent également mettre en jeu des transformations sociales.

La notion de patrimonialisation se construit dans les années 2000 et « traduit la volonté d’envisager un processus social de reconnaissance de certains héritages » (Veschambre, 2007, p. 367). Les étapes de sélection, de justification, de conservation, d’exposition et de valorisation (François et al., 2006) évoquent, mais ne mettent pas au centre de leur analyse, la transformation. L’approche de la patrimonialisation transformative proposée ici vise à saisir le processus comme innovation sociale, c’est-à-dire par la possibilité qu’il aurait de produire des transformations en s’appuyant sur des héritages.

Nous proposons d’abord de tenter de comprendre dans quelles conditions ces patrimonialisations transformatives peuvent émerger. Nous portons notre regard sur des territoires et des héritages saisis comme marges afin de provoquer un « décentrement de l’analyse» (Depraz, 2017). D’une part, ce sont des espaces ruraux, considérés comme « pas tout à fait soumis à la norme » (Cornu & Delfosse, 2017, p. 455) et permettant ainsi d’« observer l’innovation en d’autres termes que ceux de la nouveauté technique » (Fourny, 2019, p. 8). D’autre part ce sont des héritages industriels ruraux, interprétés comme résidus de la désindustrialisation, ayant alors plus de mal à justifier de leur patrimonialisation (Gasnier, 2018), étant méconnus (Houssel, 1992) et moins mobilisés (Edelblutte et Legrand, 2012). Ainsi, cet article s’inscrit dans le cadre d’une recherche en cours sur les patrimonialisations des héritages industriels ruraux dans un Parc naturel régional du Sud de la France, les Monts d’Ardèche. 

Mais l’analyse vise ensuite à saisir comment la patrimonialisation est mise au service de la transformation sociale. Nous considérons le concept de modes d’habiter (Mathieu, 2014) qui permet de lier la démarche d’innovation et la démarche patrimoniale. Construits sur l’analyse des perceptions, des représentations mais aussi des pratiques des habitants, les modes d’habiter interrogent les relations entre l’espace, le lieu, les individus et les acteurs. Ils permettent ainsi de prendre le point de vue des patrimonialisations citoyennes. Trois études de cas nous permettent d’explorer des reconversions industrielles qui peuvent être lues comme innovations sociales : un espace culturel (La Nouvelle Manufacture à Saint-Martin-de-Valamas), un pôle d’activité (Le Moulinon à Saint-Sauveur-de-Montagut) et un lieu d’expérimentations sociales, écologiques et culturelles (Le Moulinage de Chirols). Nous tentons alors non seulement de mettre au jour la manière dont les héritages sont mobilisés pour le développement local mais aussi de saisir la plus value patrimoniale dans le projet de transformation sociale : comme opportunité d’usage d’une part, comme porteur de sens d’autre part.

Speaker
PACTE/CERMOSEM (UGA)
Research fellow
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