16.00  Les mots du patrimoine : enjeux d’une réappropriation en Afrique subsaharienne

Quoi:
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Quand:
samedi 04 juin 13h30   01:30 PM à 02:00 PM (30 minutes)
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« Le patrimoine, c’est quoi même ? » : voilà la question liminaire que les populations nous ont souvent posée, dans leur langue, à l’entame de toute discussion de terrain sur la problématique du patrimoine. Maintes fois nous avons eu à faire l’expérience que le caractère empirique de l’approche linguistique en matière de recherche scientifique constitue à la fois une flexibilité et une limite à la rigueur du « dire ». Or, le monde se dit, en « mots » ; et le patrimoine, terme à la fois flou et à prétention « universelle », a besoin d’être dit pour être compris, circonscrit et agi. Mais comment ? Et avec quels mots, de quelle langue ? Les populations africaines, pourvoyeuses de composants du « Patrimoine de l’humanité » et gardiennes jalouses de leurs cultures et de leur identité, se voient souvent parachuter sur leur tête – d’autorité – toute une panoplie terminologique tombée du ciel de l’UNESCO, via l’anglais et le français, avec la bénédiction des administrateurs des État-nations hérités de la colonisation, avec laquelle elles doivent opérer des choix pour conquérir l’éligibilité de leurs sites, monuments et autres patrimoine immatériel au panthéon du Patrimoine Mondial. Ici, la duperie et la compréhension des notions, la représentation symbolique, l’attitude vis-à-vis de l’objet dit patrimonial pose un problème crucial de cohérence et entraîne un clash entre langues, entre cultures. Patrimoine aux yeux de qui ? Comment ? Pourquoi et en quoi ? Les populations africaines ont leurs langues qui « disent » leur monde, leur vie, leur histoire. Comment peut-on « dire » son moi dans une langue qu’on ne connaît pas ? Et qui décide de quoi retenir dans le « patrimoine » et quoi rejeter ? 

En réfléchissant sur « Les intraduisibles du patrimoine en Afrique subsaharienne » nous avons pu mesurer l’ampleur de la question pragmatique dans la terminologie patrimoniale des instances comme l’UNESCO et les États-nations africains. Quasiment chacune des langues africaines sur lesquelles nous avons travaillé, aux côtés du français avec son « patrimoine » et de l’anglais avec son « heritage, patrimony » a une représentation distincte, sinon différente, de ce mot. En effet, « … les notions qu’il recoupe et les objets qu’il désigne diffèrent selon le lieu, le temps et l’univers linguistique dans lequel il prend forme ». Le mot « patrimoine » apparaît comme une illustration-type d’exemple d’indexicalité. Il s’y ajoute que son champ sémantique recouvre tout un réseau entrecroisé de sens, de domaines et de notions : culture, histoire, territoire, droit, mémoire, identité, et économie et… politique. 

Dans cette communication, en tirant un peu les leçons de notre expérience avec Les intraduisibles du patrimoine, nous voulons montrer d’abord le caractère paradoxal – sinon l’iniquité – de la position des langues par rapport au patrimoine ; situation dans laquelle se pose un véritable problème de dialogue interculturel et de langues : d’où les difficultés de « traduction ». Ensuite nous faisons une incursion dans « l’archéologie » de la pensée africaine à travers le cas de la langue fulfulde et la culture fulɓe, pour poser d’autres interrogations et défendre l’idée que seul le décloisonnement linguistique – le dialogue des langues donc - pourrait permettre que le « patrimoine » soit démocratisé, c’est-à-dire réapproprié par les populations, dans toutes ses dimensions, in limine litis.

Participant
Institut Fondamental dAfrique Noire

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