En dépit de leur objet similaire (discours ou processus du patrimoine) et de leur croissance phénoménale ces dernières années, les critical heritage studies (CHS) et les études de la patrimonialisation (EP) ont plutôt évolué en vase clos. Campées autour de paradigmes distincts (théorie critique / constructivisme) ces deux lignées restent aussi en marge de la société civile sur laquelle leur effet est encore marginal. L’inadaptation des procédés de production du patrimoine, qu’elles dénoncent toutes deux, demeure donc, notamment eu égard aux travers hégémoniques, à l’approche hiérarchique et à l’exclusion sous-jacente des politiques patrimoniales. Cette situation a récemment conduit à proposer un recul théorique qui permettrait d’identifier, par-delà les cas démultipliés, des champs problématiques transversaux susceptibles de structurer et de redéployer la recherche et ses retombées scientifiques et sociales.

D’autre part, précisément parmi de tels champs problématiques, la connaissance et la prise en compte effective de ce que signifie le patrimoine dans un milieu donné interpelle de manière grandissante. Bien que « l’idée » de patrimoine, telle qu’elle est apparue au XVIIIe siècle, ait été vouée à transposer dans le monde des systèmes idéologiques, des concepts et des pratiques originaires d’Europe occidentale, elle était aussi appelée, comme tous les concepts, à se moduler ad minima selon les langues et avec le temps. Dans un contexte postcolonial, les manifestations (sinon la reconnaissance) de telles différences culturelles, de pair avec l’engagement croissant de communautés locales, a engendré une impasse des systèmes de gestion qui voit les responsables des politiques questionner la validité de principes auparavant considérés comme universelle. Inspirés par l’histoire conceptuelle émergente, des chercheurs remarquent ainsi que “Heritage studies would do well to engage with some of [heritage] key concepts in a comparative conceptual way” (Berger et al. 2019).

C’est à cette invitation que nous voulons répondre en proposant de mobiliser les savoirs dispersés autour de la problématique fédératrice de l’identification et de la légitimation des notions variées et changeantes du patrimoine, entre autres des notions présentement marginalisées du fait de l’hégémonie d’une conception, de pratiques et d’orientations politiques européanocentrées et datées. Il s’agit en quelque sorte de renverser l’approche consolidée et diffusée dans les années 1980, à laquelle l’ouvrage fondateur de Babelon et Chastel avait donné ce titre explicite, La notion de patrimoine, et qui se transpose notamment dans la hiérarchisation systématique des reconnaissances patrimoniales, selon laquelle ce qui est reconnu à l’échelon national est plus important que ce qui est reconnu à l’échelle locale (et ainsi de suite) : ainsi éclipse-t-on toute forme de spécificité locale qui présiderait à un patrimoine plutôt qu’un autre. Comment les politiques publiques, dans la prise en charge de témoins de la mémoire ou de l’expérience collective, peuvent-elles surpasser ce principe d’exclusion ? Comment la recherche peut-elle contribuer à l’identification de ce qui, dans une communauté ou un milieu donné, constitue du patrimoine (quel que soit le nom qu’on lui donne) et des implications de cette notion sur les pratiques patrimoniales de conservation et de mise en valeur ? Comment gérer les conflits des valeurs, des représentations et des usagesà laquelle cette prise en compte de notions plurielles de patrimoine ouvre la voie?

Thanks to its participants from seven countries, this Thirteenth International Conference of Young Researchers in Heritage probes these questions in order to examine the concept(s) of heritage, its various meanings, interpretations and uses of across the globe. This conference primarily seeks to examine the ontologies of heritage; that is, how the concept of heritage has changed over time, how is it changing presently, and what this might bring for the future.

Since 2005, the International Conference of Young Researchers in Heritage has invited young scholars to present their research on various aspects of heritage, and has been held in Canada, Europe and South America. The conferences are organized under the scientific supervision of the Canada Research Chair on Urban Heritage (Prof. Lucie K. Morisset and Prof. Luc Noppen, Université du Québec à Montréal and its partners. This Thirteenth edition is hosted by the Center for Heritage and Museum Studies at the Australian National University (Prof. Laurajane Smith), under the scientific direction of Dr Jessica Mace (UQAM) and Dr Yujie Zhu (ANU).

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