Axe 3. Habiter en Anthropocène, quelle éthique de l’espace en éducation ?
Habiter en Anthropocène c’est prendre conscience de la pression sans précédent que les activités humaines exercent sur l’écosystème terrestre. C’est aussi prendre conscience des conséquences pour les sociétés : les risques naturels, technologiques, chimiques et géopolitiques. Un nouveau rapport de l’Institut de recherche sur l’impact climatique de Potsdam (PIK) révèle que 7 des 9 limites critiques du système terrestre ont désormais été franchies, soit une de plus qu’en 2024. À l’Anthropocène, le concept « habiter » prend ainsi tout son sens, lié à son corolaire : « la crise de l’habitabilité » (Lussault, 2024).
Comment habiter quand les conditions terrestres se dégradent partout : méga-feux, inondations, sécheresses, canicules, pollutions, perte accélérée de la biodiversité, atteintes à la santé humaine, rivalités, tensions et conflits ? Ainsi que le suggère le géographe Amaël Cattaruzza, avec son expression « géopocène », contraction de géopolitique et anthropocène, la géopolitique influe directement sur la planète (Cattaruzza, 2025).
L’Anthropocène se présente donc indéniablement comme un nouveau défi pour les systèmes éducatifs, qui nous invite à repenser les modalités et les finalités de l’éducation et de la formation. Les efforts pourraient désormais s’orienter vers un « mieux habiter », auquel toutes les disciplines pourraient contribuer. Il s’agit de se situer au-delà des objectifs de l’éducation au développement durable et les approches normatives qu’ils induisent chez les enseignants et les formateur·rice·s, pour avancer plutôt selon des approches réflexive et prospective. À l’aune de l’habiter, les finalités de l’éducation et celles des disciplines scolaires et universitaires, sont à questionner comme parties prenantes des impératifs environnementaux et sociétaux (Goeury et Lefebvre-Chombart, 2025).
Les directions à prendre pourraient engager plusieurs rapports au monde : corporel, sensible, social, politique et critique.
Habiter au temps de l’Anthropocène fonctionne comme une injonction en faveur d’une éducation à une certaine éthique de l’espace, articulée aux principes de justice spatiale, aux défis environnementaux, à la nécessité d’une adaptation aux risques des habitant·e·s en particulier au plan local par le truchement de la formation. De ce point de vue, une réhabilitation du lieu, le lieu habité par les apprenant·e·s, pourrait favoriser la compréhension des enjeux à toutes les échelles, du mondial aux espaces de proximité. En effet, « les études de cas territorialisées rendent possible une observation très concrète et très fine des acteurs » (Cattaruzza, ibid.). Enfin, l’éducation en Anthropocène ne peut se limiter à une transmission de savoirs figés, elle devrait s’inscrire dans une logique de problématisation et de coopération (Redondo et al., 2025). Sans fermer les questionnements, nous attendons entre autres des présentations théoriques, de travaux de recherche, des études de cas autour des interrogations suivantes :
Quelles sont les connaissances relatives aux manières actuelles d’habiter la Terre des apprenant·e·s, et leur mise en perspective avec l’éducation et la formation ?
Quelle éthique environnementale, sociale et politique des lieux en éducation ?
Quelle formation des populations habitantes aux risques actuels, liés au franchissement des limites planétaires ?
Comment préparer les habitant·e·s à agir et réagir au sein de leurs milieux de vie ?
Quels savoirs, quels objets d’études, quelles modalités didactiques, voire quel curriculum, seraient favorables à un « mieux habiter » en Anthropocène ?